Les redresseuses en pratique

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Maintenant que tu sais comment fonctionne une diode à vide et que tu as compris son utilité, il nous reste à répondre à une question importante : comment choisir le produit le plus adapté à notre utilisation, comment l'intégrer dans notre circuit, et quelles contraintes nous imposera-t-il ?

Les diodes à vide dans la vraie vie

Comme on l'a vu dans le dernier article, un redressement double alternance est la solution la plus efficace pour créer une tension continue en partant d'une tension alternative.

En pratique, on utilisera donc les diodes à vide dans ce contexte, nécessitant d'avoir 2 diodes reliées par leurs cathodes. Les fabricants de tubes ont donc trouvé une solution élégante au problème en intégrant 2 diodes dans un même tube partageant une même cathode. Ce sont ces tubes qu'on qualifie de "redresseuses" (ou "rectifieuses" en bon franglais), les types les plus utilisés étant la GZ34 (ou 5AR4 en nomenclature US), la 5U4 et l'EZ81, ainsi que la 5Y3GT sur certains vieux amplis, comme les Fender Deluxe Tweed. Il existe bien sur quantité d'autres références, comme les 6X4 des vieux Danelectro/Silvertone, mais celles-ci ne sont plus utilisées par les fabricants depuis de nombreuses années (voire décennies), et donc plus fabriquées.

Diodes à vide 5U4 - Photo © Joe Haupt - Licence CC BY-SA 2.0

Chauffage direct et indirect

Dans les tubes mis au point par Edison et Fleming, le filament en tungstène fait office de cathode. On parle dans ce cas de tube à chauffage direct. Cependant, le filament étant utilisé comme une électrode à part entière, il est donc porté au potentiel de la tension redressée, qui vaut généralement plusieurs centaines de volts. Les tubes audio ne supporteraient pas que leur filament soit porté à de telles tensions, il est donc nécessaire de prévoir un circuit de chauffage dédié à la rectifieuse.

Il fut donc créé également des tubes à chauffage indirect, dont le filament (généralement en nichrome, un alliage présentant une très forte résistivité, et donc un fort pouvoir chauffant) est entouré d'une enveloppe de simple tole, recouverte d'oxyde de baryum ou de strontium, matériaux dont l'émission thermoionique est importante. Ainsi, le filament est électriquement isolé de la cathode et peut être ramené à des tensions plus raisonnables, et même alimenté par le même circuit que les tubes audio. Parmi les exemples mentionnés plus haut, c'est le cas de l'EZ81 et de la 6X4.

Chauffage direct (à gauche) et indirect (à droite)

Fait notable, la GZ34/5AR4 est un "faux" tube à chauffage direct : en effet, ce tube est construit comme un tube à chauffage indirect, avec une cathode physiquement distincte du filament. Mais elle tout de même reliée à l'une des extrémités de ce dernier à l'intérieur du tube, permettant ainsi un branchement identique aux tubes à chauffage direct.

Les tubes habituels utilisent un culot standard à 8 ou 9 broches, parmi lesquels seuls 4 ou 5 connecteurs sont utilisés :

La documentation technique

Une redresseuse, comme tout composant électronique, possède des caractéristiques qui lui sont propres. Ces caractéristiques sont données par le fabricant dans un document qu'on appelle généralement par sa dénomination anglaise : un datasheet. Comme toujours chez les geeks, il existe bien sur des querelles puériles sur des points de détail, ici le genre de datasheet. J'utilise personnellement le mot au masculin, mais tu es libre de faire comme tu le sens [wink]

Chaque fabricant fournit en général sa propre version du datasheet, ce qui est notamment le cas des fabricants actuels, ou du moins de JJ et New Sensor. En règle générale toutefois, les informations données par les différents datasheets sont très proches, et même identiques la plupart du temps (à se demander qui a pompé sur qui à l'origine !). La qualité des datasheets dépendant essentiellement de la volonté du fabricant de "faire les choses bien", on pourra donc sans problème continuer à raler en disant que "c'était mieux avant" et utiliser les datasheets fournis par les grands noms du secteur pendant les années 60 et 70 : ceux-ci sont généralement plus complets que les datasheets récents.

Les datasheets sont généralement structurés de la même façon pour tous les tubes (et même les autres composants électroniques), qu'il s'agisse d'une redresseuse ou d'un tube audio :

À ce jour, la meilleure source de datasheets concernant les tubes est l'excellent site TDSL de Duncan Amplification. Ce site contient les caractéristiques principales d'un nombre incalculable de tubes ! Tu y trouveras au minimum le brochage du tube en question et un lien vers le datasheet au format PDF. Pour les tubes les mieux documentés, un tableau récapitule les fameuses Operating characteristics, et parmi les liens tu trouveras les datasheets provenant de plusieurs fabricants et époques, de façon à réunir une documentation complète. La plupart des documents sont en anglais évidemment, mais dans le lot il n'est pas rare de tomber sur des datasheets de chez Mazda, Belvu ou RT qui étaient des fabricants français, ou encore certains datasheets de chez Philips indiquant toutes les informations à la fois en anglais, en allemand et en français.

En parallèle, je me suis permis de faire un miroir de l'excellent site de Frank Philipse vers lequel renvoie souvent TDSL pour télécharger les datasheets. La présentation est plus rustique par contre, donc plutôt à utiliser en backup, néanmoins tu le trouveras à cette adresse : tubes.a-wai.com

Mise en oeuvre des redresseuses

On va donc s'intéresser au datasheet de la GZ34, qui est l'une des redresseuses les plus utilisées, pour se familiariser avec ce type de documentation.

Les caractéristiques principales du tube

La 1ère page du datasheet nous apprend qu'il s'agit d'un tube redresseur contenant 2 anodes et à chauffage indirect. Ce tube doit être alimenté sous une tension alternative de 5V et consomme 1.9A.

Datasheet de la GZ34

Ah oui, comme toujours quand on va fouiller un peu dans la technique, l'utilisation de l'anglais est indispensable ! Heureusement, la plupart des termes sont facilement compréhensibles pour toute personne possédant un minimum de connaissances, la langue n'est donc qu'exceptionnellement un problème.

Le petit encadré Quick reference data indique un cas nominal d'utilisation de la GZ34 : ici, on voit que ce tube est prévu pour fournir un courant continu moyen de 250mA à partir d'un transfo délivrant 2x450V AC. Et là je te vois venir : pourquoi 2x450V, et pas simplement 450V ?

Si tu reviens sur l'article précédent, tu te rappelleras qu'un redressement double alternance n'est en fait que 2 redressements simple alternance juxtaposés. Si, pour un redressement simple alternance, on doit utiliser un transformateur dont le secondaire fournit une tension de 450V AC, alors pour du redressement double alternance, il faudra 2 secondaires fournissant chacun 450V AC. Ces 2 secondaires étant en série, la tension totale aux bornes du secondaire complet fera donc 900V. Pour simplifier les calculs, on préfère toutefois noter que le secondaire fournit 2x450V, ou encore 450-0-450V pour mettre en évidence le fait qu'il s'agit de 2 secondaires de 450V accollés et dont le point commun est relié à la masse.

Enfin, viennent les caractéristiques mécaniques nous indiquant les dimensions maximales du tube ainsi que son type de support (culot octal). Le schéma nous montre également la structure interne du tube, avec ses 2 anodes et sa cathode unique, ainsi que le fait que la cathode est reliée à l'une des extrémités du filament. Ce tube à chauffage indirect doit donc être connecté comme un tube à chauffage direct, ce que nous confirme le brochage :

À noter que, comme pour la plupart des tubes européens, on aurait pu déduire un certain nombre d'informations de sa seule référence :

Donc tous les tubes dont la référence commence par GZ3 sont des tubes contenant une double diode, à culot octal et dont la tension de chauffage est de 5V. On peut évidemment appliquer ce raisonnement à d'autres familles de tubes :

La minute culture étant terminée, on peut continuer l'analyse de notre datasheet [wink]

Les conditions recommandées

Une fois qu'on a pu faire connaissance avec le tube, le fabricant nous indique plusieurs conditions de fonctionnement de celui-ci, qui ont normalement été testées et validées. Ces points de fonctionnement garantissent donc que le tube pourra remplir sa fonction sans risquer d'être endommagé ou de voir sa durée de vie réduite.

GZ34 - Conditions d'utilisation recommandées

Dans le cas d'une redresseuse, ces conditions sont données dans 2 cas d'utilisation bien précis :

Cette distinction s'explique par le fait que, comme évoqué rapidement dans le précédent article, le chargement d'un condensateur se fait par de courts pics de courant de forte intensité. Au contraire, une self aura tendance à lisser le courant, qui restera donc toujours relativement proche de sa valeur moyenne. Un filtrage à capa en tête impose donc des pics de courant plus importants à la redresseuse, ce qui nécessite de prendre plus de précautions pour que celle-ci supporte ces conditions.

Données principales

Dans les 2 cas, cette section donne un ensemble de valeurs nous indiquant, à partir de la caractéristique principale du transfo (tension au secondaire), la tension continue à laquelle on peut s'attendre en sortie de redresseuse, ainsi que le courant correspondant à ces mesures. On retrouve aussi, la valeur du composant en tête du filtrage, soit la capacité du condensateur pour un filtrage à capa en tête, ou l'inductance de la bobine pour un filtrage à self en tête.

Ainsi, si on prend par exemple le cas d'un transfo 2x400V :

Tu noteras évidemment que la tension obtenue avec la self est bien moindre que celle obtenue avec une capa en tête : en effet, un self n'est qu'une bobine de fil de cuivre. Celui-ci a beau être le conducteur le plus utilisé, il n'est pas parfait et possède tout de même une faible résistivité. Celle-ci dépendant de la longueur du fil, elle devient non négligeable dans le cas d'une bobine comportant un nombre important de tours, et donc une longueur significative de fil. Le passage du courant dans cette self occasionne donc une forte chute de tension, ce qui nécessitera de prendre un transfo fournissant une tension plus importante que ce dont on aurait besoin avec une capa en tête.

Mais alors, pourquoi utiliser une self en tête ? Tout simplement parce que, comme indiqué plus haut, celle-ci impose moins de stress à la redresseuse, mais aussi au transfo qui n'a plus à fournir de pics importants de courant. Une self en tête imposera effectivement un transfo fournissant une tension élevée, mais les besoins en courant pourront être largement revus à la baisse. Au final, pour un même circuit, on peut parvenir à utiliser des transfos de moindre puissance avec une self en tête, ce qui, au prix actuel des matières premières, peut être un avantage non négligeable [wink]

Les résistances de protection

Tu auras remarqué que j'ai passé un des paramètres complètement sous silence : la, ou plutôt les, résistances de protection, notées \(R_t\). Celles-ci ont en effet pour but de limiter le courant pouvant traverser la redresseuse, et en particulier de s'assurer que celui-ci ne dépasse jamais la valeur maximale que peut encaisser le tube.

Vu que j'insiste depuis tout à l'heure sur la différence entre self et capa en tête, tu auras sans doute aussi compris pourquoi ces résistances ne sont pas nécessaires avec une self en tête, leur valeur est donc de 0Ω dans le tableau correspondant.

En revanche, les pics de courant causés par une capa en tête doivent être limités, les résistances de protection sont donc particulièrement importantes dans ce cas ! Comme pour la tension du transfo, elles sont exprimées sour la forme \(2*R_t\), puisqu'il faut une résistance de valeur \(R_t\) sur chaque anode de la redresseuse. Du moins en théorie, puisqu'en pratique, il faut simplement que la résistance totale du circuit précédant l'anode soit égale à \(R_t\), les résistances à insérer entre les branches du secondaire et les anodes seront donc de plus faible valeur, voire parfois inexistantes [wink]

Pour comprendre pourquoi, il faut se rappeler qu'un transfo, ce n'est jamais que 2 bobines de fil de cuivre sur un même noyau ferreux, bobines qui ont donc une certaine résistance ! Le secondaire possède donc une résistance \(R_s\) (mesurable tout bêtement à l'ohm-mètre), ce qui implique que chaque demi-secondaire possède une résistance \(R_s / 2\) qu'on peut ainsi retrancher de \(R_t\). Mais ce n'est pas tout ! Un transfo, comme son nom l'indique, transforme la tension, mais également l'impédance, ou plus simplement comme ici, la résistance. À la résistance \(R_s\) s'ajoute donc le reflet de la résistance du primaire, notée \(R_p\).

Pour obtenir la résistance reflétée au secondaire par \(R_p\), qu'on appelera \(R'_p\), il faut multiplier \(R_p\) par le carré du rapport de transformation en tension entre le primaire et le secondaire (c'est encore un peu tôt dans l'exposé pour attaquer la théorie des transfos, mais je t'expliquerai tout ça par la suite, pas de panique [wink] ). Donc si \(n\) est le rapport de transformation en question, \(R'_p = n^2 \cdot R_p\). La résistance reflétée sur un demi-secondaire étant la moitié de \(R'_p\) (qui vaut pour la totalité du secondaire), on peut donc ajouter \(R'_p / 2\), soit \(n^2 \cdot R_p / 2\), à \(R_s\) pour déterminer la résistance R de chaque branche du secondaire :

$$R = \frac{R_s}{2} + \frac{n^2 \cdot R_p}{2}$$

Si \(R\) est au minimum égale à \(R_t\), alors il ne sera même pas nécessaire d'ajouter de résistance de protection au circuit, le transfo remplissant déjà cette fonction. Si au contraire, \(R < R_t\), il faudra ajouter devant chaque anode une résistance valant au minimum \((R_t - R)\Omega\).

Les valeurs limites

La page suivante nous donne, sous l'intitulé Limiting values, les valeurs de certains paramètres à ne jamais dépasser au cours du fonctionnement du tube.

GZ34 - Valeurs limites

Ici aussi, ces valeurs dépendent du type de filtrage, qu'il soit à self ou capa de tête, ces valeurs étant différenciées en raison des forts appels de courant provoqués par le remplissage du condensateur.

En l'occurrence, tu noteras que 2 des paramètres principaux du tube, à savoir la tension crête inverse et le courant crête, sont identiques dans les 2 cas.

Tension crête inverse

La tension crête inverse correspond à la tension maximale appliquée aux bornes d'une des sections du tube quand la diode correspondante est à l'état bloqué ; en effet, dès lors que la tension à l'anode de la diode est inférieure à la tension de sortie (celle qu'on retrouve à la cathode), la diode correspondante est bloquée, et le reste jusqu'à ce que le tension à son anode redevienne supérieure à la tension en sortie du tube.

Dans le cas d'un signal sinusoïdal, comme c'est le cas pour une tension issue du secteur, la valeur crête est égale à la valeur efficace multipliée par \(\sqrt{2}\). La tension à l'anode d'une diode, dans le cadre d'un redressement double alternance, va donc varier en permanence entre \(-\sqrt{2} \cdot V_{eff}\) et \(+\sqrt{2} \cdot V_{eff}\). Par contre, à la cathode, on se retrouve du côté de la tension redressée, qui sera proche de Vmax si elle est correctement filtrée. On peut donc admettre que la tension à la cathode vaudra toujours \(\sqrt{2} \cdot V_{eff}\), et par extension, que la tension inverse maximale supportée par une diode vaudra \(2\sqrt{2} \cdot V_{eff}\).

La tension crête inverse indiquée par le datasheet est 1500V pour la GZ34. On en déduit donc qu'il faut que \(\sqrt{2} \cdot V_{eff}\) soit inférieur à 750V, et donc qu'on doit se limiter à un transfo dont le secondaire produit une tension de 530V AC.

En réalité, les diodes à vide ne sont pas idéales, et une chute de tension se produit au sein de celles-ci, avec pour conséquence que la tension de sortie est inférieure à la valeur théorique que quelques dizaines de volts. De même, le filtrage n'étant pas parfait, il subsitera une ondulation non négligeable ramenant la tension moyenne à une valeur inférieure à son maximum théorique, on peut donc dépasser légèrement la valeur calculée et utiliser un transfo dont le secondaire délivre une tension de 550V AC.

Le courant crête maximal

Ce paramètre ne nous servira pas vraiment, mais il est tout de même important de connaitre son existence ! C'est là aussi une limite structurelle du tube, donc tout dépassement de ce courant maximal, même pour une courte durée, est susceptible de détruire le tube, donc à éviter...

À vrai dire, dans le cas d'un redressement par self en tête, celle-ci va contraindre le courant à onduler autour d'une valeur moyenne, celle de l'intensité consommé par le circuit, qui est proche des valeurs indiquées dans les cas standard d'utilisation, et donc suffisamment éloignée de la valeur limite pour qu'on n'ait pas à s'en préoccuper.

Avec une capa en tête en revanche, c'est une autre histoire : il faut faire en sorte que les pics de courant liés au remplissage du condensateur ne dépassent jamais le courant crête maximal admissible par le tube ! En l'occurrence, le courant crête dépend de nombreux facteurs, comme l'impédance du circuit en amont comme en aval de la redresseuse, la chaleur du filament, etc... Les datasheets servant justement à nous éviter de longs et fastidieux calculs, les ingénieurs de l'époque nous indiquent donc 2 paramètres à respecter pour garantir le bon fonctionnement du tube :

Il est donc capital de bien respecter les préconisations du datasheet en ce qui concerne les valeurs limites, et adapter son design aux contraintes d'utilisation du tube choisi.

Reste encore un dernier paramètre fondamental dans le choix d'une redresseuse, il s'agit du courant continu maximal que peut sortir le tube, dont la valeur est ici un magnifique See page 4.

Les courbes caractéristiques

Tout bon datasheet contient un certain nombre de courbes caractéristiques du tube. Selon les fabricants et les époques, ces courbes peuvent être plus ou moins nombreuses et englober plus ou moins de cas d'utilisation, mais les plus importantes sont toujours fournies par les fabricants sérieux.

GZ34 - Courbes caractéristiques

Dans le cas d'une redresseuse, il s'agit du domaine de fonctionnement du tube, qui est la courbe que l'on trouve en bas de la page 4. Celle-ci permet de vérifier que les conditions de fonctionnement envisagées pour le tube, à savoir la tension fournie par le transfo et le courant moyen consommé par le circuit, sont compatibles avec les limites de celui-ci.

Son utilisation est particulièrement simple : on reporte le point de fonctionnement envisagé sur le graphique, si celui-ci reste dans les limites du tube c'est bon, sinon il faudra revoir quelque chose (soit le circuit, soit le choix de la redresseuse).

Pour la GZ34, on note 2 limites "dures" : le courant continu en sortie ne doit jamais dépasser 250mA, et le secondaire du transfo ne devra jamais dépasser 2x550V (soit 550-0-550V dans la notation vue précédemment).

On voit également que tant qu'on reste éloigné de l'une de ces 2 limites, on peut facilement atteindre la valeur maximale pour l'autre paramètre sans que ça puisse poser problème. En revanche, si l'on s'approche de la limite pour les 2 paramètres à la fois, on voit une zone un peu particulière : en effet, on ne peut pas utiliser un tube aux limites de ses possibilités tant pour la tension d'entrée que pour le courant délivré (en clair, 250mA DC avec un transfo 550-0-550V, tu peux oublier). Et cerise sur le gateau, le domaine n'est pas tout à fait identique selon le type de filtrage.

Ainsi, on pourra sans problème délivrer 225mA DC avec un transfo 500-0-500V si on utilise un filtrage avec self en tête ; mais ce point de fonctionnement étant situé hors du domaine admissible avec une capa de tête, il faudra réduire la tension du transfo ou le courant consommé par le circuit.

Utiliser une redresseuse dans un schéma moderne

L'utilisation "traditionnelle" des redresseuses n'est malheureusement pas sans poser certains problèmes, de coût, d'efficacité, mais aussi de fiabilité ! Voyons voir comment y remédier...

Le pont de Graetz

On a vu que pour avoir un redressement double alternance, il faut un transfo dont le point milieu est à la masse, et une diode sur chaque branche. Ceci permet de s'assurer qu'on ait bien l'amplitude attendue entre la masse et chaque extrémité du secondaire, mais en fin de compte, le secondaire global fournit le double de l'amplitude nécessaire : pour le redressement double alternance d'une tension alternative de 300V par exemple, on aura un secondaire de 600V (300-0-300V). La puissance étant le produit de la tension par l'intensité, un montage à redressement double alternance consommera donc le double du même montage en redressement simple alternance !

Heureusement, il existe un montage connu de tous les électroniciens qui permet de s'affranchir de cette contrainte : le pont de Graetz !

En effet, celui-ci empêche la tension à l'extrémité de chaque branche de devenir négative : la diode reliant celle-ci à la masse devient en effet passante, "retenant" ainsi cette branche au potentiel de 0V. Dans le schéma suivant, lorsque la tension en B1 est inférieure à la tension en B2, D1 est passante et ramène donc B1 à la masse. Dans le même temps, D2 et D3 sont bloquées, tandis que D4 est passante, amenant ainsi la tension en sortie du pont à celle de B2.

Ce montage permet donc de diminuer la taille du transfo par 2, ce qui permet de réaliser de belles économies tant au moment de la fabrication que de l'utilisation, puisque l'ampli consomme une puissance divisée par 2 !

Les redresseuses et le pont de Graetz

Oui mais voilà, il ne t'aura pas échappé que le pont de Graetz utilise 2 fois plus de diodes que le redressement double alternance traditionnel. En plus, si 2 de ces diodes sont bien reliées par la cathode, les 2 autres sont reliées entre elles par l'anode, or toutes les redresseuses du marché sont à cathode commune !

Mais au fond, qu'est-ce qui nous empêche d'utiliser 2 diodes silicium en complément d'une redresseuse ? Réponse : rien !

Si on se contente de remplacer D2 et D4 dans le schéma précédent par une redresseuse, on retrouve exactement le même comportement qu'avec un redressement double alternance équivalent : le même courant traverse la redresseuse, occasionnant la même chute de tension, et la tension d'alimentation finale est donc également identique. Il faudra simplement veiller à bien respecter la capacité maximale du condo de tête, ainsi que la résistance minimale de protection des anodes.

La seule différence vient de la chute de tension dans les diodes silicium, s'ajoutant à la chute de tension dans la redresseuse. Mais celle-ci étant de l'ordre de 0.6V, contre 20 à 50V dans la redresseuse, on peut facilement l'ignorer, son impact sur le son étant imperceptible, alors que les économies réalisées au moment de l'achat du transfo seront, elles, bien réelles [wink]

Alors par pitié, ami fabricant d'amplis, si tu tiens à utiliser une redresseuse dans ton design, arrête les transfos à point milieu et ajoute 2 diodes silicium, ton banquier et la planète t'en remercieront !

La redresseuse à 2€

Enfin, sortons un peu du cadre de cet article pour nous demander s'il est encore vraiment pertinent, en 2017, d'utiliser des redresseuses... Même dans le cadre d'un cours sur l'amplification à lampes, cette question n'est pas si saugrenue : s'il est établi que les tubes audio ont des caractéristiques propres qui ne peuvent être reproduites simplement (et pourtant, beaucoup ont essayé !) qui leur confèrent cette sonorité particulière, qu'en est-il des redresseuses ?

Et bien il n'en est rien ! Comme indiqué dans l'article précédent, une redresseuse peut être modélisée par une simple diode avec une résistance en série, et c'est exactement ce qui fait le son particulier des amplis équipés de redresseuses : lorsque le courant moyen consommé par le circuit varie, la chute de tension aux bornes de la redresseuse varie aussi. Ainsi, lorsqu'on joue un ampli classe AB à fort volume, le courant consommé augmente assez radicalement sur les attaques. La chute de tension dans la redresseuse est donc plus importante, et en conséquence la tension d'alim diminue sensiblement, limitant ainsi l'amplification du signal. La présence d'une redresseuse crée donc naturellement de la compression, pour peu que l'ampli soit joué suffisamment fort.

Mais cette compression n'étant liée qu'à la "résistivité" de la redresseuse, on peut retrouver exactement le même effet en remplaçant la redresseuse par un pont de didoes en sortie duquel on placerait une résistance d'une valeur choisie judicieusement, en fonction du modèle de redresseuse que l'on souhaite simuler [wink]

Ceci dit, à volume modéré, une redresseuse et un pont de diodes utilisés dans le même ampli ne donnent pas forcément le même son, mais comparons ce qui est comparable : la chute de tension dans le pont de diodes dépasse à peine le volt, soit bien moins que celle qu'on retrouve aux bornes de la rectifieuse. La tension d'alimentation sera donc plus élevée avec les diodes silicium, ce qui se traduit géneralement par un son plus agressif. Mais si on ajoute la résistance en sortie du pont de diodes, ou qu'on réduit la tension fournie par le transfo pour retrouver la même tension d'alim finale qu'avec la redresseuse, alors la différence s'estompe totalement !

Au fond, la principale fonction d'une redresseuse dans un ampli moderne, est simplement d'en préserver le mojo. Il n'y a rien de mal à ça, tant qu'on en a conscience [wink]

Retour sur le problème du standby

Dans un précédent article j'expliquais qu'il fallait à tout prix éviter d'utiliser un standby avec une redresseuse, il me reste encore à t'indiquer précisément pourquoi...

Le courant que peut délivrer une redresseuse est limité tant que celle-ci n'a pas atteint sa température nominale de fonctionnement. À l'allumage d'un ampli, le courant d'appel de la capa de tête est donc limité par le courant que peut fournir la redresseuse durant le temps nécessaire à celle-ci pour monter en température. Comme il lui faut quelques secondes pour celà, la tension d'alim peut donc monter suffisamment avant que la redresseuse ne soit prête, le courant peut donc rester inférieur à son courant crête maximal admissible.

Avec un standby au contraire, si la redresseuse est déjà chaude, elle conduit normalement, et le courant la traversant au basculement du standby peut facilement dépasser la valeur maximale qu'elle peut encaisser. Ceci peut mener à la destruction de la lampe, qui peut tout à fait, dans le pire des cas, se mettre en court-circuit, entrainant dans sa chute un fusible (ou carrément le transfo, pour ceux qui auraient eu la "brillante" idée de remédier au problème en remplacement le fusible mort par un bout d'alu, ou par tout autre conducteur absolument inadapté).

C'est d'ailleurs un problème assez fréquent sur les AC30 modernes (les vieux n'avaient pas de standby, et donc pas de problème [wink] )

Conclusion

On arrive enfin au bout de ce long article ! J'espère qu'il t'aura apporté de nombreuses informations utiles sur le fonctionnement des redresseuses, leurs caractéristiques ainsi que leurs avantages et inconvénients !

Dans un prochain article, nous verrons ce qu'il peut se passer si on ajoute une électrode supplémentaire à l'intérieur de ces tubes rudimentaires, et si l'on peut espérer en sortir un peu de son [wink]

D'ici là, n'hésite pas à commenter, critiquer, demander des précisions, etc...

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